Pourquoi je ne veux pas grandir

Quand j’étais petite je pensais que le monde était plus beau quand on était « une grande » [personne]. Quand j’étais petite je pensais que les adultes ne dormaient pas. Je pensais qu’ils n’en avaient pas besoin, qu’ils faisaient la fête toute la nuit et qu’ils s’arrêtaient le matin venu pour s’occuper des petits garçons et des petites filles comme moi. Quand j’étais petite je pensais qu’être grande c’était avoir des seins, s’habiller comme on le voulait, mettre du rouge à lèvres et des talons. Surtout des talons. Quand je me promenais dans la rue, je voulais qu’on lâche ma main pour que j’entre dans cette vie qui me paraissait plus belle. Je voyais ma mère se faire coiffer « comme une grande » avec ses vêtements de grande personne et son beau rouge à lèvres. Et je priais de grandir plus vite.

Aujourd’hui, le fait de grandir m’angoisse. Devenir plus vieille… J’aimerais que ça ralentisse. J’aimerais rester chez mon papa et ma maman. J’aimerais continuer à vivre dans l’insouciance, continuer à croire que c’est Dieu qui fabrique le pain, là-bas dans le ciel, avec son four géant, pendant qu’on dort et qu’Il les amène à ma maman chaque matin avant que je me réveille (oui maman, je le pensais vraiment!). J’aimerais ne pas me rendre compte que la vie a un coût, qu’avoir un toit sur la tête n’est malheureusement pas une chose naturelle, que la lessive ne se fait pas toute seule et le repas non plus d’ailleurs. Et c’est assez angoissant de se dire que c’est une chose dont je ne pourrais plus jouir maintenant.

illustration_grandir

Ca fait quelques mois déjà que je suis « majeure » et rien ne me paraissait si bouleversant jusqu’à ce que je me rende à la banque pour ouvrir un compte courant. Et quand on a commencé à parler salaire, découvert et RIB ça m’a fait froid dans le dos. Froussarde comme je suis, je me suis contentée de demander une carte de retrait et de faire les choses à un rythme d’escargot. Ce qui n’était là qu’une formalité pour ma mère, ma sœur et d’autres personnes est une véritable source d’angoisse pour moi ! Cette angoisse provient surtout du fait que j’ai peur de tout mélanger et d’oublier mon objectif principal. Etudier, avoir un diplôme est non seulement source de plaisir pour moi – voire carrément un instrument de mesure d’estime de soi – mais aussi une assurance – même si ce dernier point peut se discuter.

C’est pourquoi, quand bien même je veux mener une vie de création et exercer un métier non-conventionnel, je refuse de prendre pour exemple les self-made man à la EnjoyPhoenix – dont j’admire le parcours et la force de travail – qui certes nous inspirent mais n’en restent pas moins minoritaire. Je ne veux pas me tromper, trop rêver et finalement tomber de haut quand la réalité me rattrapera. C’est vrai que je suis très exigeante avec moi-même parce que j’essaie de minimiser la déception que je ne manquerais pas de connaître, parce qu’on n’a jamais tout ce qu’on veut dans la vie. Aujourd’hui, à l’instant où j’écris cet article, la première leçon que m’apprend ma vie d’adulte est que ce n’est pas grave d’avancer comme un escargot. Ce n’est pas parce que tout le monde court que je dois le faire aussi. Le but n’est pas d’arriver le premier mais peut-être bien d’arriver tout court.

Je sais que la vie d’adulte me reserve ses propres merveilles et malgré cette nostalgie soudaine de l’enfance, je me sens prête à enfin devenir « une grande ».

Devenir plus vieille, comment l’avez-vous vécu !?

Mille baisers et espoirs de paix, Jorgie <img class= » />

Exprimez-vous !